De l’incapacité des autorités éducatives à considérer les réseaux sociaux avril 26 2007
Publié par tice in : Education 2.0, Enseignement, web2.0 , rétrolien
Beaucoup de choses bougent au niveau de l’Education aux USA vis-à -vis des réseaux sociaux. Certains établissements scolaires vont jusqu’à exiger des élèves qu’ils ferment leur « MySpace » (l’équivalent d’un skyblog). J’ai déjà évoqué le paradoxe du blog qui est à la fois perçu comme un gadget dangereux (en termes de droits à l’image) mais considéré (trop rarement) comme un outil pédagogique puissant dans une pédagogie active.
Bien sûr, la problématique de l’identité numérique dans la recherche d’un emploi par exemple est un danger que l’école. L’interdiction de consulter Wikipédia n’est donc pas un hapax dans le monde éducatif.
A quand un cours d’éducation aux médias qui soit réellement porteur de sens pour l’élève, en évoquant par exemple le problème de l’anonymat sur Internet, l’évolution du web et du rapport homme-machine, la nécessité de repenser le droit d’auteur (assortie d’une réflexion sur toutes les autres formes de droits (à l’image par exemple)), les modèles économiques (l’apparente gratuité) de Google et consorts, l’influence du format numérique dans notre rapport à l’art (consommer un mp3 acheté sur iTunes comparé à l’achat chez un disquaire modifie clairement notre rapport à l’objet acheté) ?
Oui, les problèmes pédopornographiques doivent également être abordés mais je trouve qu’il y a une focalisation (à la limite du lobbying par certaines associations) sur ce sujet, effaçant d’autres problématiques parfois plus larges. En arrêtant désespérément de tenter de courir après les connaissances intuitives des élèves, on gagnerait à élever le débat au-dessus de la recherche d’images sur Internet … Mais y a-t-il des professeurs compétents susceptibles de relever le défi ?
Tout ça ne peut être possible que si le Ministère de l’Education prend en compte la dynamique du web social. Or en Europe l’incapacité à intégrer ce sujet est patent, en témoigne par exemple chez nous le refus de toute subvention pour Enseignons.be par la Communauté française. Accorder un sceau sur le processus (d’échange, de partage) est trop révolutionnaire par rapport à la validation d’un résultat final (même inapproprié). La structure pyramidale de l’enseignement en Communauté française et plus largement dans l’institution scolaire dénote et s’adaptera difficilement à la société en réseau du web social.
Or le web social, ce n’est pas ce schéma qui moi aussi me dérange (comme Pierre Lachance). Le web social, ce n’est pas une multiplication de l’offre à un individu unique, c’est et la collaboration entre tous les individus (prof-élèves-voire parents) sur un objet d’apprentissage par exemple, et le partage de la connaissance entre pairs pour de meilleures interactions profs-élèves, profs-profs, etc. Ce n’est pas forcément un homme d’orchestre fatigué, mais au contraire un catalyseur d’informations à redistribuer pour améliorer et son propre apprentissage (long-life learning) et l’apprentissage de ses élèves. Il serait d’ailleurs intéressant de voir ce que donnerait la rédaction collective, sous forme d’un wiki, des programmes de cours à enseigner ..
Les réseaux sociaux et ce qui s’y passe en terme de construction du moi et du nous ne sont-ils pas alors vécus comme une forme de concurrence, le rôle de l’école étant, entre autres choses, de transmettre et développer ce genre de choses. Ne faut-il pas voir la réaction des écoles américaines comme une manière de lutter contre un autre mode de construction de l’identité ?
Alexis Mons
Tout ceci étant corroboré par l’enquête de Médiapro dont je vous laisse découvrir les conclusions de François Jarraud, du Café Pédagogique :
La conclusion la plus frappante de l’ensemble de cette étude réside dans le fossé marqué entre les usages de l’Internet à la maison et à l’école. Dans tous les pays, Québec inclus, ce fossé s’impose en termes de fréquence d’utilisation, d’accès, de régulation, d’apprentissage et de développement d’aptitudes, et de type d’activités. Les données montrent que c’est un gouffre qui s’ouvre. Toutes les fonctions importantes pour les jeunes existent hors de l’école, comme l’essentiel de leurs apprentissages (surtout de l’auto-apprentissage et de l’apprentissage entre pairs). Dans le même temps, les écoles restreignent l’accès, interdisent certaines pratiques sans aucune nécessité, ne parviennent pas à comprendre la fonction communicationnelle d’Internet, et, pire que tout, échouent à transmettre les compétences de recherche documentaire, d’évaluation des sites, de recherche et de production créative qui devraient être les plus importantes pour elles. On note partout clairement que les jeunes ne peuvent pas acquérir les savoir-faire nécessaires dans de bonnes conditions. Alors que dans certains pays, ils se révèlent des usagers sophistiqués de l’Internet, comprenant bien les aspects moraux et culturels, en France en particulier, il existe des pays où ils sont beaucoup plus faibles, surtout en ce qui concerne les questions d’ordre légal qui sont liées à ces médias. En outre, il est évident dans tous les pays qu’ils surestiment leur propre capacité à évaluer. Ce sont des types de connaissances et de compétences critiques que seule l’école peut transmettre. Alors que la littérature académique discute beaucoup du potentiel créatif des nouveaux médias, on constate ici que le travail créatif est limité, et qu’une minorité de jeunes développent des sites personnels ou des blogs. De plus, ces objets peuvent facilement être laissés en sommeil. A nouveau, il y aurait un rôle évident à jouer pour les écoles dans le développement de ces aptitudes plus délicates à acquérir.
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