Qu’est ce qu’une scène Slam ?
Une scène Slam est un événement à l’occasion duquel des poètes présentent leur travail et sont jugés par le public. Généralement l’organisateur sélectionne les juges, qui doivent noter les poètes (une note de zéro à dix) en fonction du contenu du poème et de la performance. Les rencontres de Slam se déroulent dans des lieux publics, bars, cafés, salles de spectacles, MJC, cinémas, toutes sortes de lieux pouvant réunir poètes et spectateurs. Le Slam permet aussi de proposer de la poésie dans des espaces insolites ou inhabituels, tels que bureaux de poste, librairies, médiathèques, écoles, hôpitaux, prisons ou marchés en plein air par exemple.
Qui peut participer?
Seule condition pour participer, s’inscrire auprès du présentateur, sans audition ni sélection préalable. Le Slam donne la parole à chacun, quel que soit son style, son genre ou le sujet traité. Tous ceux qui se sont inscrits ont l’opportunité de lire leurs poèmes au premier round, les passages pour les rounds suivants sont déterminés par les notes données par les juges. En d’autres termes, les juges votent pour les poètes dont ils souhaitent entendre les poèmes.
Quelles sont les règles ?
- Les poètes peuvent traiter n’importe quel sujet, dans n’importe quel style.
- Les poètes doivent utiliser leurs propres textes.
- L’utilisation d’instruments de musique ou de musique préenregistrée est interdite.
- L’utilisation d’accessoires est interdite. La performance du poète doit reposer sur son texte et sa relation avec le public. Cette règle est importante car elle vise à rappeler que l’art du Slam se concentre uniquement sur les mots, et non sur les objets.
- Les costumes et déguisements sont interdits. Le poète doit porter les vêtements qu’il porte dans la vie de tous les jours. Un costume se définit par un ensemble ou vêtement ayant pour but de souligner l’effet de la performance du poète. L’organisateur ne sera, par exemple, pas tenu légalement responsable de votre corps nu sur scène.
- » L’inspiration « . Un poète a le droit de s’inspirer du travail (mots, textes, paroles) d’un autre et de l’intégrer à son propre travail. En revanche, se contenter de répéter le travail d’un autre est interdit.
- Limitation des passages dans le temps : chaque performance sera chronométrée par quelqu’un chargé de tenir le décompte des minutes : chaque passage sera limité à trois minutes. Dix secondes supplémentaires seront gracieusement accordées aux poètes qui en ont vraiment besoin. Au-delà de ce temps réglementaire, le poète se verra attribué une pénalité selon le schéma suivant :
3’10 et moins pas de pénalité
3’10.01 à 3’20 un demi point sera retiré
3’20.01 à 3’30 un autre demi point sera retiré
3’30.01 à 3’40 un autre demi point sera retiré
Et ainsi de suite (pour chaque période de 10 secondes au-delà du temps réglementaire, le poète se verra pénaliser d’un demi point en sa faveur). L’annonce de la pénalité sera faite soit par le Maître de Cérémonie, soit par le chronométreur après que le public ait rendu son vote.
Aussi :
- N’enlevez pas votre chemise en pleine performance.
- Soyez bon joueur.
- Toutes les règles de bonne conduite apprises au jardin d’enfant vous serviront en Slam poésie.
- Ne menacez personne, ni sur scène, ni en dehors.
- Ecoutez attentivement quand un poète est sur scène.
- Ne vous asseyez ni sur l’estrade, ni au premier rang.
- Respectez les poètes !!!
Et faites confiance aux gens autour de vous ! Si vous ne pouvez pas prouver que quelqu’un ment, vous avez deux options : soit vous oubliez et vous passez à autre chose, soit vous restez à bouder dans votre coin.
- Il est permis d’utiliser le même poème au cours de différents tournois sur plusieurs années de suite.
- Surveiller le jury : Les équipes peuvent avoir une chance de garder un œil sur les membres du jury avant le tournoi, pour s’assurer que chacun des juges est motivé par le tournoi et par son travail. Les poètes n’ont aucun droit de veto sur le jury.
Le Maître de Cérémonie ou le gérant du lieu de la scène devra être informé de toute plainte, problème ou désaccord concernant l’impartialité des membres du jury avant le début du tournoi. Cela se fera en privé. Ayant entendu et pleinement compris la plainte, le gérant ou le Maître de Cérémonie prendra, en privé, une décision irrévocable.
Les règles sont-elles les mêmes d’une scène à l’autre ?
Les règles peuvent varier d’un tournoi à l’autre mais doivent toujours s’appuyer sur ces principes de base pour assurer la cohésion du spectacle. La loi clé en Slam est que les juges sont désignés parmi le public et que les notes sont utilisées pour déterminer qui peut continuer.
Quand se passent les Slams ?
Cela dépend de la communauté, mais en général, les scènes Slam ont lieu toutes les semaines, tous les quinze jours ou une fois par mois.
Quelle est la différence avec une scène ouverte ?
Le Slam a été créé pour le public qui souhaite s’impliquer dans la poésie et pour les poètes alors que la plupart des scènes ouvertes ont été créées pour les artistes de tout genre. Les scènes Slam impliquent le public qui peut réagir oralement et ouvertement à tous les aspects du show, y compris la performance du poète, les notes données par les juges, et la harangue du présentateur.
Comment ont commencé les Slams ?
Le Slam est né en 1984 lorsque Mark Smith, ouvrier en bâtiment et poète, mit en place une série de lecture dans un club de jazz à Chicago. Il cherchait à donner un nouveau souffle aux scènes ouvertes de poésie en faisant participer le public aux scènes. En 1986, Smith rencontra Dave Jemilo, le propriétaire du Green Mill (un club de jazz de Chicago et ancienne retraite d’Al Capone), avec l’idée d’organiser une compétition de poésie hebdomadaire les dimanches soirs. Jemilo l’accueillit, et le Uptown Poetry Slam nait le 25 juillet de cette année. Smith tire le nom de la terminologie du base-ball et du bridge, et institue les bases de la compétition, y compris le fait que les juges soient choisis parmi le public, et des prix en monnaie pour le gagnant. Le Green Mill devint le lieu pour les poètes performeurs, et le Uptown Poetry Slam continua d’avoir lieu tous les dimanches soirs. Ann Arbor, New York, San Francisco et Fairbanks ont suivi l’idée très vite. Depuis lors, le Slam est devenu une forme d’art international, se concentrant sur la participation du public et l’excellence poétique. Aujourd’hui, le Slam est présent en Allemagne, aux Pays-Bas, en Angleterre, pour ne nommer que quelques pays. En 2002, 56 équipes de poètes Slam étaient présentes à Minneapolis pour un concours / compétition de 5 jours.
Quelle est la différence entre poésie et Slam poésie ?
Ce n’est pas la bonne question à poser. Il n’y a rien de semblable à la Slam poésie, et même le terme » Slameur » semble être rentré dans le vocabulaire. Ceux qui utilisent le terme » Slameur » pensent certainement plus au hip-hop ou aux textes dits à voix haute. La question la plus utile est de demander » Quelle est la différence entre » textes dits à voix haute » et » poésie » ? » Les textes dits à voix haute sont des poésies écrites préalablement pour ensuite être entendues. Ainsi sur les scènes de Slam poésie, la plupart des travaux présentés peuvent être appelés » textes dits à voix haute « .
I) INTRODUCTION
Mouvement poétique, social et culturel, le «slam» apparaît à Chicago dans les années 80. Il hérite des cultures poétiques européennes, américaines et africaines en y ajoutant la ferme volonté de donner la parole à toutes et tous. Basé sur la notion de communauté, le slam affirme le caractère démocratique de la poésie et lui ajoute une dimension de spectacle
La «slam family» s’inspire du mouvement punk et rejoint parfois le hip hop par ses revendications sociales. Mais surtout, le slam abolit les frontières cloisonnant les styles, les genres, les poètes de la rue et les poètes «académiques».
Marc Smith, un jeune écrivain de Chicago, baptise le mouvement «slam» ( «claquer» en anglais). Dans un bar nommé le Green Mill, il organise des compétitions de poésie ( « Uptown Poetry Slam ») arbitrées par le public.
Ces rencontres-combats «pour rire» connaissent un vif succès, relayé par les médias dès 1987. Le mouvement gagne San Francisco par le biais de l’Association Nationale de Poésie, puis l’ensemble du territoire américain.
L’International Organization of Performing Poets structure et resserre les liens entre les nombreuses équipes qui organisent des slams à travers les États-Unis. Le mouvement se propage et se fédère avec le premier Grand Slam National Américain en 1990 à San Francisco.
La «slam family» tire sa force de la diversité des voix et de l’organisation très précise des championnats, régis par des règles strictes qui permettent au mouvement de rester à la fois ouvert et créatif sans perdre la notion de communauté.
En 1996, deux journalistes s’intéressent au slameur Saül Williams, vainqueur de plusieurs compétitions américaines et vedette des documentaires «Underground Voices» et «Slam Nation» de Paul Devin. Surtout, il participe à la rédaction du film «Slam» réalisé par Marc Lévin en 1997, dont il joue le rôle principal. Caméra d’or au Festival de Cannes 1998, ce film fait mondialement connaître le mouvement. CNN, MTV et la presse font sortir la «Slam Family» du milieu underground.
Le mouvement se développe alors en Europe, en Israël et même à Singapour. Les scènes et les associations se multiplient à Paris, St Denis, Mantes la Jolie et en province. En France, le slam conserve surtout de son modèle américain la notion de communauté mais les slams sont plus généralement des scènes ouvertes sans jury plutôt que des compétitions.
II) DEVELOPPEMENT : LA NAISSANCE DU SLAM (EXTRAIT DU SITE POLYSÉMIQUES)
A/Des origines non conventionnelles
Art collectif, tribune de libre expression, mouvement à forte revendication sociale, le Slam prend racine dans une culture qui emprunte autant à la tradition de la poésie américaine (de Walt Whitman à Allen Ginsberg) qu’à la culture afro-américaine (des dirty dozens au toasting) et au mouvement punk.
Dès la fin des années 70, les lectures de Jerome Salla et Elaine Equi font figures de précurseurs. Vient ensuite la performance de Ted Berrigan et Ann Waldam, qui, vêtus d’un équipement de boxeurs, se livrent à une joute sur le modèle des matchs de boxes, joute qui marquera les esprits.
Des nouveaux gladiateurs du verbe font leur apparition et, en faisant descendre la poésie de sa tour d’ivoire, conquiérent un nouveau public.
On s’accorde à situer les origines de la poésie slam remontent au milieu des années 80 quand, Marc Smith, jeune écrivain informel de Chicago, eut l’idée d’organiser une compétition de poésie dans le bar Green Mill.
Smith voulait que le public devienne juge en prenant part à la dialectique poète-public. Il voulait faire descendre la poésie de sa tour d’ivoire pour acquérir un statut semi-populaire et envisageait le poète comme le serviteur du peuple. Aussi, le style slam devait se construire à partir de contributions d’origine démocratique, issues de la communauté et du public. Marc Smith inventa alors le « slamming »: la poésie contre les conventions, dans les bars au lieu des salons ou des clubs.
Ce nouveau mouvement fut baptisé ironiquement « le slam-poésie des beaux quartiers » (the uptown poetry slam). Ces premiers slams avaient l’aspect de tournois d’exhibition et, bien qu’informels, ils ressemblaient déjà, en beaucoup de points, à ce qu’ils sont aujourd’hui.
Pour le premier slam, Jean Howard et Anna Brown endossèrent des tenues de combat cloutées et portèrent des armes. Marc Smith voulait une bataille. Et les poètes devaient user de leur poésie comme d’une arme. Les arbitres étaient choisis parmi les auditeurs. A l’aide d’un petit carton, ils attribuaient une note (de 1 à 10) à chaque poème lu. A la fin du tournoi, les scores étaient additionnés pour déterminer le vainqueur.
A ce moment là, personne n’avait une claire définition du slam qui s’ébauchait. Il s’agissait de faire comprendre au public que le slam, certes un combat, pouvait permettre aussi de s’exprimer avec subtilité, calmement, dramatiquement, etc…
Dès novembre 1987, les rencontres slam ont leur chronique dans le Chicago Magazine et deviennent le grand événement de la ville. Cette fois, tous les ingrédients sont là pour connaître le succès : le public, l’esthétique, la contribution d’artistes, l’esthétique, la participation de personnalités…
Aussi, le phénomène se propage rapidement dans tout le pays et connaît un grand succès. L’ambiance est celle d’un match de boxe carnavalesque; on vend des hot dogs pendant les tournois; à l’extérieur, un bonimenteur harangue la foule. Le but est de combiner la poésie et le spectacle, le travail théorique et la théâtralisation, le spectacle.
En octobre 90, à San Francisco, Herman Berlandt et Jack Mueller de l’Association Nationale de Poésie, organisèrent un festival national de poésie auquel participèrent pour la première fois les slameurs. Gary Glazner était en charge de l’organisation. Glazner contacta Marc Smith afin de l’éclairer sur les moyens logistiques d’organiser un slam. Le slam se fraya ainsi un chemin jusqu’au département des affaires culturelles de Chicago.
Le slam atteignit son apogée dans la ville de Chicago, permettant à maints écrivains locaux de se faire connaître. Le fossé entre les écrivains académiques et les slameurs se creusa encore plus. Les slameurs de Chicago mettaient en avant la question sociale. Formellement, ils évitent la rime, le système métrique traditionnel, et d’employer comme sujet le « je » usuellement réservé au style narratif. Le slam étant un art oral de spectacle, ils refusent toute publication et édition.
Marc Smith décida d’offrir à San Francisco son concept du slam. L’école slam de Chicago conquit rapidement San Francisco. Il restait à conquérir la côte Est, ce qui fut fait rapidement.
Boston devint la rivale de Chicago. Dès 1992, Boston accueillait les championnats nationaux du Slam. Le climat politique agressif de Boston en 1992 favorisa l’essor et le succès du Slam en Nouvelle-Angleterre.
Très vite, le slam se répandit à travers les USA. Chaque semaine, chaque mois, dans plus de vingt villes américaines, des écrivains se rassemblaient pour faire entendre leur voix par le biais du spectacle, chaque communauté accentuant ses propres spécificités culturelles.
En 1993 se tint le premier Slam dans le métro, sous l’eau (the Underwater Slam) à San Francisco. Les poètes firent un spectacle de 20 minutes dans le métro entre la baie de San Francisco et Berkeley. Lorsqu’ils annoncèrent qu’ils envisageaient de répéter cette opération hebdomadairement, les gens, pris de panique, quittèrent précipitamment leur siège pour se réfugier dans un autre wagon.
Ce festival de San Fransisco en 1993 fut un tournant dans l’évolution de la communauté. De nombreux désaccords parmi les équipes organisatrices firent prendre conscience aux membres de la communauté de l’urgence de structurer les rassemblements. Un comité fut créé (L’ »International Organisation of Performing Poets » ou IOPP) chargé d’organiser les compétitions nationales et d’en mettre aux points les règles du jeu. Il mit aussi en place des rencontres internationales : les International Olympics.
Depuis des compétitions sont régulièrement organisées à échelle nationale dans de nombreux pays autres que les USA (France , Royaume-Uni, Suède , Israël, Danemark, Suisse, Singapour ….) , ce qui atteste de toute la vivacité du mouvement slam.
Ce comité assure cohésion au mouvement et a réussi à créer une vraie communauté qui a ses règles de vie, surtout aux USA.
Souvent, une scène locale oppose divers cafés, première zone d’échange. Interviennent ensuite les compétitions nationales et internationales. Ces rassemblements sont des moments unificateurs pour l’ensemble de la « slam family ». C’est aussi l’occasion de brasser les idées, les poètes lient de nouvelles amitiés et découvrent de nouvelles influences : « the people come to read their poems and to have a good time. Maybe they make new friends. Maybe they win $10. Who knows what could happen?»
Ces rassemblements donnent lieux à de nombreuses critiques de la part des participants où chacun exprime sa conception de la communauté, les enjeux des compétitions… Souvent les votants discutent jusqu’au petit matin des performances. Un réel dialogue existe et soude la communauté, le mot d’ordre est : « Our strength is the diversity of our voices. » Le dialogue entre les nombreux groupes est ensuite entretenu à distance grâce au Slam news service que propose un site internet « SlamNewsletter ». Il permet de nombreux échanges d’opinions entre slamers: nombreux sont ceux qui critiques les performances, les votes , l’activisme du mouvement ; il est le siège de nombreux débats. Lien unique entre les différentes villes, il est accessible à tous, et assure toute la cohésion de la communauté. Le SlamNews Service distribue aussi à tous ses adhérents les dernières nouvelles officielles: compte-rendus des dernières compétitions, plannings futurs…
Peu de mouvements d’expression ( musicaux ou poétiques) sont aussi cohérents , soudés et ouverts que la « Slam family» des années 90. Celle-ci se distingue par son organisation quasi rigide, qui génère émulation et créativité.
B / Le règne des championnats
Jusqu’en 1996 les divers championnats et festivals représentent les évènements majeurs de la scène slam et contribuent à sa popularisation. Ils sont organisés sur trois échelles : locale , nationale ,internationale. Ce sont des évènements démocratiques et fédérateurs, qui ressemblent beaucoup aux matchs sur rings organisés à Chicago. Les règles sont très strictes et l’ambiance oscille entre harangue, mouvements de contestation et nuée d’applaudissements.
Au sein des cités, a l’échelle locale, les poètes s’affrontent dans des cafés et cafés théâtres d’habitués. Il y a des épreuves par équipes et un concours individuel. Les juges sont choisit au hasard dans l’audience. La composition d’une équipe peut varier au cours de la soirée, le choix de ses membres est une véritable stratégie qui évolue fonction des performances des autres équipes. Si les adversaires d’une équipe ont obtenue une bonne note, l’équipe aura intérêt a faire conquérir ses meilleurs membres mais ceux-ci devront renoncer à la compétition individuelle ; les tensions montent, chaque poète doit choisir entre son intérêt individuel et l’intérêt collectif. Les soirées sont très animées et passionnantes. Les vainqueurs remportent une récompense sous forme de prime ( souvent une centaine de dollars). Le spectacle est fascinant, des spectateurs s’emportent en applaudissement et des poètes protestent contre un vote injuste.
Les cafés théâtres organisent souvent d’autres évènements : concerts, représentation théâtrales… Ils sont un lieu d’échange, d’éclectisme et de créativité très vivants. A l’image du Nuyorican poetry café à New York.
Les rencontres nationales Au niveau national, les règles de compétition sont plus strictes. Le poète ne dispose plus que de 3 minutes pour déclamer avec une période de grâce de 10 secondes. Chaque poète est considéré comme membre d’une équipe. Il reçoit un droit de vote et choisit les deux ou trois équipes qu’il juge les meilleures. Chaque équipe doit écouter toutes les autres afin que chacune soit éligible. L’ambiance est plus calme. Les équipes sont responsables non seulement du vote mais aussi de l’évolution ultérieure de la « législation » slam : elles émettent des critiques sur les règles du jeu, la validité d’un vote ( pas assez de villes présentes…) Les vainqueurs se voient récompensés par des primes pouvant atteindre 1000$.
Les championnats nationaux jouent un rôle important en ce qui concerne la renommée d’une équipe et influencent ainsi grandement le devenir des actions locales entreprises par cette équipe. Ainsi le mythique Nuyorican Poetry Slam , champion en 1996, a imposé son café théâtre comme un lieu incontournable de la scène slam américaine. Et l’ Austin Poetry Slam a une action très étendue au Texas.
Globalement, si la communauté slam créée au niveau local des lieux de rassemblement qui doivent être propice à l’échange avant toute forme de compétition, le rôle des rencontres nationales n’est pas clair du tout, ce sont surtout des qualificatifs pour les rencontres internationales. Les Compétitions internationales Les « Poetry Olympics » ont lieux chaque année dans des pays où une communauté slam est très active. Ils sont organisés depuis 1996. Des qualifications sont organisées au niveau national dans tous les pays participants. Des championnats se sont déjà déroulés à Jérusalem ( octobre 1996), Hambourg (Février 1997), Johannesburg ( été 1997), Stockholm ( Octobre 1997 et octobre 1998). Les réunions sont très animées, des poètes « chauffent » la salle et des groupes discutent autour de bouteilles.
Bien que très organisées, ces compétions ne sont pas tombées dans l’académisme et conservent la convivialité des bars de leur origine. Les poètes sont souvent passionnés et déclament devant une assistance attentive avant que les votes donnent lieu a de vives manifestations ( tel ce poète s’estimant lésé qui assaillit le président du jury jusqu’à ce que celui-ci lui décerne la victoire (le lendemain). Les récompenses atteignent des montants très élevés (de l’ordre de 2000$ pour l’équipe gagnante et de 500$ pour le champion individuel) et ajoutent à l’intensité de la soirée… Si le système de vote est identique à celui des compétitions nationales, certaines règles peuvent changer au fil des ans comme celle concernant la langue. Lors des premières olympiades toutes les prestations se faisaient en anglais, puis l’IOOP a décidé de mettre en valeur le multiculturalisme qui caractérise ses rassemblements en exigeant que les représentants d’un pays s’expriment dans leur langue maternelle, une équipe s’exprimant dans une seule langue. Un pays peut avoir plusieurs représentants selon que son éventail linguistique est plus ou moins large (comme la Suisse ou Singapour).
Ainsi, le début des années 90 est une période de solidification de la « slam family » à travers ces compétitions. Durant cette période des cafés se sont imposés en tant que pépinières de poètes (Nuyorican café, Austin café…) qui alimentent les compétitions. Ces dernières sont très animées ( certains poètes vont jusqu’au strip tease, les juges passent souvent 24 heures sans dormir afin de régler des disputes…) si bien que le slam se forge progressivement une identité de « sport sanguinaire» au sein du mouvement littéraire américain. Mais les différents championnats sont ainsi l’occasion pour la communauté d’exprimer de défendre des enjeux sociaux et politiques.
Loin d’être un clan fermé, la « slam family » entend créer des débats d’idées concernant tout un chacun ; elle pourrait être rapprochée du mouvement hip hop de part ses revendications sociales : elle prône liberté d’expression et réalisme., elle chante la rue la violence et le désespoir, l’amour et les rêves aussi…
Bientôt elle intéresse les médias. La popularisation du mouvement commence avec quelques retransmissions télévisuelles comme les « Spoken Words : Unplugged » diffusés par MTV en 1992 et 1994. Elle ne fait que s’accroître.
C / De l’underground à un art à part entière
Jusqu’en 1996, le mouvement est resté relativement peu connu en dehors du milieu underground. Quelques disques (GrandSlam ! en 1994) et rapports journalistiques ( about : comtemporary poetry) donnèrent au Slam une place de renégat dans la poésie contemporaine américaine. Il restait une forme d’expression minoritaire, notamment auprès des jeunes, dans les formes d’expression contemporaines. Elle fut révélée grâce à l’intérêt des journalistes Tony Award et Paul Devin qui collaborèrent avec le slameur Saul Williams. Grand champion du Nuyorican Poetry Café de Brooklyn et vainqueur de la compétition nationale de Portland en 1996, il fut mis en vedette par Tony Award dans le documentaire »Underground Voices» qui relate le championnat. Il contribua aussi à l’écriture de « SlamNation »où Paul Devin analyse la montée en popularité du Slam.
Par la suite, en 1997, Saul Williams co-rédigea le scénario du film « Slam » réalisé par Marc Levin. Celui-ci retrace l’histoire d’un ancien prisonnier qui survit en prison grâce au pouvoir de la poésie. Primé caméra d’or au festival de Cannes 1998 et grand prix du Sundance de la même année, « Slam » marque la reconnaissance du slam ou spoken word en tant qu’art à part entière.
Une conséquence immédiate est l’explosion de la popularité du Slam : la presse s’est emparée du phénomène ; CNN était présente aux championnats nationaux d’Austin en 1998 et a suivi deux équipes quelques mois auparavant, PBS aussi, et MTV parle des « Real Worlders »…
Dés lors, les agitations internes de la « Slam Family », les controverses au sujet des votes, donnent lieux à de nombreux articles. La « Slam Family » a quitté le milieu underground et devient une scène à part entière avec ses évènements et ses scandales comme le « Boston Globe Scandale » ( la journaliste et poétesse Patricia Smith rédigea des colonnes enflammées dans le Boston Globe et se vît licenciée pour fabulations, d’où un vaste débat autour de la vérité dans le travail journalistique.).
Des personnalités occupent le devant de la scène , Patricia Smith bien sûr, mais aussi Gayle Danley, Bob Kaufman, Jack McCarthy, qui obtiennent des prix à répétition lors de championnats nationaux et qui eurent une action médiatique non négligeable.
Petit à petit , le Slam se forge une identité dans les milieux musicaux et poétiques américains. Il est reconnu en tant qu’art oral , un art de représentation qui exprime toute sa force dans l’instant de la déclamation. Il est musique de part les rythmes, sonorités et intonations des poètes, lorsque les mots sont vivants en dehors de toute signification, lorsque les impressions et sensations que crée le poète deviennent messages à part entière : lorsque la violence, la rébellion, l’amour et l’injustice sont transmis dans le flot de paroles, dans le fleuve vivant que déclame le poète charismatique.
Le slam est aussi poésie de part les images dont regorgent les chansons, la poésie la moins académique qui soit. Enfin reconnu, ses influences sont plus variées que jamais : les artistes s’inspirent de rythmes hip hop, flamenco, de blues pour les mélodies ; ils décrivent la réalité de la rue, tout ce qui les frappe dans un vaste mouvement contestataire et s’attaquent à des sujets toujours plus variés ( violence, meurtres , sexualité, scandales, racisme, plagiat…).
Le Slam est devenu aux USA le lieu de la liberté d’expression absolue.